Entretien avec Claire Mathon, directrice de la photographie

Date de publication:

3 février 2020

Durée:

1h55

Animateurs:

Thibault Elie

RÉSUMÉ

Claire Mathon est directrice de la photographie. Un métier et une pratique de l’image que nous avons déjà exploré dans l’émission avec certains de ses confrères : Jonathan Ricquebourg, Paul Guilhaume ou encore Emmanuel Gras. Pour elle son travail consiste à trouver l’image la plus juste du film : une responsabilité d’abord artistique puis technique.

Son travail sur le film Atlantique de Mati Diop — couronné du Grand Prix à Cannes en 2019 — lui a valu plusieurs récompenses en France et aux États-Unis : Claire Mathon détaille son processus de création de la préparation jusqu’à l’étalonnage. Quelles images découlent de la vision du scénario ? Comment créer un regard commun avec la réalisatrice ? À quoi servent les essais caméras sur place, à Dakar, pour enrichir un « monde d’émotions » ?

Son apprentissage de cinéma s’est effectué à la classe préparatoire CinéSup à Nantes puis à l’ENS Louis-Lumière à Paris. Elle y a appris les fondements du métier d’opératrice caméra et s’y est fait des amis de cinéma. Malgré tout l’école n’est que le début d’un trajet, fait de compromis — devenir assistante caméra tout en étant cheffe opératrice bénévole sur des courts-métrages — et d’occasions à saisir. Membre fondatrice du collectif Femmes à la caméra, Claire Mathon remarque qu’elle est aujourd’hui une exception dans un métier très masculin où elle voit les jeunes femmes sortant des écoles de cinéma avancer plus lentement que les jeunes hommes.

La filmographie diverse de Claire Mathon fait la part belle aux expérimentations en tous genres et notamment en lumière naturelle. Un sujet qu’elle a traité en longueur dans son mémoire intitulé Intervenir en lumière naturelle à l’ENS Louis-Lumière. Pour la directrice de la photographie la lumière est avant tout une matière complexe, celle du monde qui nous entoure et la matière première pour le travail de l’image au cinéma. Un rapport à la lumière sans cesse renouvelé par la pratique et les tournages de films sur lesquels elle opère.

Si ses travaux les plus connus sont en fiction, Claire Mathon évoque avec nous ses récentes collaborations dans de remarquables documentaires. Deux films du réalisateur Eric Baudelaire : Also Known as Jihadi réalisé en 2017 et Un film dramatique en 2019. Autre film dans une autre ambiance qui raconte la France d’aujourd’hui : Symphonie pour un hypermarché, réalisé par Gabrielle Schaff en 2018 : un documentaire musical dans un hypermarché Leclerc de Saint-Nazaire. Trois films et une pratique différente de fiction avec un rapport aigu à la contrainte et à l’urgence de filmer.

LES CHAPITRES

00:02:49 — Être directrice de la photographie c’est trouver l’image la plus juste du film
00:04:59Atlantique de Mati Diop, une rencontre avec une réalisatrice et une ville, Dakar
00:14:27 — Atlantique : de l’importance de la préparation en amont du tournage
00:31:16Atlantique : récit d’un tournage & questions de couleurs
00:41:39Atlantique : du montage à l’étalonnage, redécouverte du film et trouver la continuité
00:50:01 — CinéSup à Nantes puis Louis-Lumière à Paris : parcours pour devenir opératrice
01:01:01 — Débuts de carrière comme cheffe op’ & place des femmes derrière la caméra
01:11:55 — Réflexions sur la lumière de cinéma, matière première à dompter
01:24:55 — Travailler en documentaire : l’exemple d’Also Known as Jihadi d’Eric Baudelaire
01:36:55 — Le projet de documentaire au long cours Un film dramatique d’Eric Baudelaire
01:45:47 — Observer les corps au travail dans Symphonie pour un Hypermarché de Gabrielle Schaff

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LIENS EXTERNES

Fiche IMDB Page Wikipédia
Entretiens sur le site de l'AFC

BIOGRAPHIE

Élève du Lycée Guist’hau de Nantes (CinéSup) Claire Mathon est diplômée de l’ENS Louis-Lumière section cinéma en 1998. Elle a ensuite été assistante caméra, cadreuse et vite cheffe opératrice de courts puis de longs-métrages ; en fiction comme en documentaire : plus de 70 contributions à des films recensées sur le site IMDB. Si l’on ne devait en garder qu’une partie pour la présenter, nous citerions d’abord les deux films lui ont valu la mention spéciale du prix de la CST qui récompense les artistes-techniciens au Festival de Cannes. À l’image de Portrait de la jeune fille en feu de la française Céline Sciamma — Prix du scénario — et Atlantique de la franco-sénégalaise Mati Diop — Grand Prix dans la compétition en sélection officielle. Deux films très différents et qui ont pourtant marqué les esprits par leur richesse visuelle.

Parmi les fictions les plus emblématiques dont elle a signé l’image nous pouvons aussi citer Polisse et Mon Roi de Maïwenn ; Plein sud de Sébastien Lifshitz ; L’Inconnu du lac et Rester Vertical d’Alain Guiraudie ; Angele et Tony ainsi que Le Dernier Coup de marteau d’Alix Delaporte ou encore Une Vie Violente de Thierry de Perretti. Les documentaires sont un pan moins connu de sa filmographie. Elle ainsi participé à l’image des films de Dominique Marchais : La Ligne de partage des eaux en 2013 ou Nul homme n’est une île en 2018 ; avec Valérie Mrejen notamment autour des documentaires et projets vidéos, un abécédaire : ABCDEFGHIJKLMNOP(Q)RSTUVWXYZ ou encore Exercice de fascination au milieu de la foule en 2011 ; les films d’Abdallah Badis : Une vie française en 2010 et Sur les pentes des collines en 2018 ; ou encore les films d’Eric Baudelaire : Also Known as Jihadi en 2017 et plus récemment Un film dramatique, en 2019. Ce dernier fait partie d’une installation au Centre Pompidou qui a permis à Eric Baudelaire de recevoir le prestigieux prix d’art contemporain Marcel Duchamp 2019.

Claire Mathon a été nommée au César la meilleure photographie en 2014 pour L’Inconnu du Lac d’Alain Guiraudie. En 2020 elle est nommée au César la meilleure photographie pour Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (cérémonie le 28 février 2020). En 2020 elle a remporté le Prix Lumières pour le même film.

NOTRE CONSEIL DE LECTURE

Écrire par l’image, directeurs et directrices de la photo est un recueil d’entretiens autour de la pratique de ce métier. Présentant les parcours divers menant à ce poste en charge de l’image, le livre offre un panorama d’approches de façon sommaire avec des entretiens courts mais factuels. Liste des interviewé.es : Yorgos Arvanitis, Lubomir Bakchev, Yves Cape, Caroline Champetier, Eric Gautier, Pierre-William Glenn, Agnès Godard, Jeanne Lapoirie, Pierre Lhomme, Claire Mathon, et Charlie Van Damme.

FOCUS SUR...ATLANTIQUE (réal. Mati Diop, 2019)

Synopsis

« Dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers d’un chantier, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman, qui laisse derrière lui celle qu’il aime, Ada, promise à un autre homme. Quelques jours après le départ en mer des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage d’Ada et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier. Issa, jeune policier, débute une enquête, loin de se douter que les esprits des noyés sont revenus. Si certains viennent réclamer vengeance, Souleiman, lui, est revenu faire ses adieux à Ada. »

Le film a reçu le Grand Prix de la compétition au Festival de Cannes 2019.

Claire Mathon a reçu le Los Angeles Film Critics Association Award for Best Cinematography ainsi que le National Society of Film Critics Award for Best Cinematography pour son travail à l’image du film.

Photogrammes tirés du film
Bande-annonce
Extraits
Photos de tournage

FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE

Cliquez sur les affiches pour lire les bandes-annonces des films.

LES DOCUMENTAIRES ÉVOQUÉS DANS L'ÉMISSION

ALSO KNOWN AS JIHADI (réal. Eric Baudelaire, 2017)

« Also Known as Jihadi est une histoire possible d’un homme raconté à travers les lieux qu’il a traversé, ainsi que des extraits de documents : interrogatoires de police, écoutes, filatures… Tourner la caméra à 180 degrés pour tracer un cheminement, en filmant non pas le sujet du film, mais plutôt ce qu’il a vu. La clinique où il est né à Vitry, les ensembles où il a grandi, son lycée, l’université, le travail, et puis l’envol pour l’Égypte, la Turquie et finalement la route d’Alep, où il a rejoint le Front al Nusra, en 2012. Chronique judiciaire qui devient progressivement un film de genre, un thriller lent où l’on accepte le fait de se sentir troublé face à l’incompréhensible, en sachant intuitivement, humainement, que l’incompréhensible doit pourtant avoir ses raisons. »

UN FILM DRAMATIQUE (réal. Eric Baudelaire, 2019)

Cliquez sur les images pour regarder les trois extraits du documentaire.

« Qu’est-ce qu’on fabrique ensemble ? Cette question, les élèves du groupe cinéma du collège Dora Maar (93) et Eric Baudelaire, qui les a accompagnés pendant quatre ans depuis leur entrée en 6ème, ne cessent de se la poser. Répondre à cette question – politique en ce qu’elle engage les représentations du pouvoir, de la violence sociale et de l’identité –, ce sera pour eux partir à la recherche d’une forme qui rende justice à la singularité de chacun d’entre eux, mais aussi à la consistance de leur groupe. Qu’est-ce qu’on fabrique ensemble, si ce n’est ni un documentaire ni une fiction ? Un film dramatique peut-être, où se découvrent le travail du temps sur les corps et sur les discours, mais aussi la possibilité pour chacun de parler en son nom en filmant pour les autres, et de devenir avec Baudelaire co-auteurs du film, c’est-à-dire déjà sujets de leur propre vie. »

Le film a reçu le Prix Marcel Duchamp 2019.

SYMPHONIE POUR UN HYPERMARCHÉ (réal. Gabrielle Schaff, 2019)

Cliquez sur les images pour regarder les trois extraits du documentaire.

« Le rideau de fer se lève à l’hypermarché Leclerc de Saint-Nazaire, comme tous les jours. À mesure que la journée s’écoule, les employés se relaient dans les rayons, les courses s’amoncellent dans les caddies, les emballages s’empilent… comme tous les jours.

Symphonie pour hypermarché c’est l’histoire des personnes qui travaillent et consomment dans un hypermarché. Il y a une caissière à temps partiel, aux cheveux bouclés remontés par sa barrette rouge en forme de coquillage. Il y a le
manutentionnaire aux mains épaisses de nounours; le patron à la dégaine de conquérant; la petite dame qui peine à attraper son shampoing mais qui s’acharne… »

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